Les gouvernements cedent a la pression de l''opinion

Publié le par CED

Bruxelles et Paris à couteaux tirés sur les cultures OGM De Christian SPILLMANN (AFP) – Il y a 2 jours BRUXELLES — Paris et Bruxelles sont à couteaux tirés sur les autorisations de culture des plantes OGM en Europe, un conflit qui risque de se terminer par l'abandon des propositions de la Commission européenne, en raison de l'opposition de la majorité des gouvernements. "La Commission est là pour mettre en oeuvre les décisions du Conseil (l'organe des Etats de l'UE, ndlr), pas pour défendre d'autres orientations". En une phrase, la secrétaire d'Etat française à l'Environnement Chantal Jouanno a résumé jeudi à Luxembourg les griefs de Paris, à l'issue d'une réunion avec ses collègues européens. Pour débloquer le processus d'autorisation des semences OGM, Bruxelles propose de laisser les Etats décider s'ils autorisent ou non la culture sur leur territoire. En échange, l'exécutif européen attend leur accord pour les homologations réclamées par les géants de l'agroalimentaire, dans les pays qui le souhaitent. Seuls deux OGM sont actuellement cultivés dans l'UE: le maïs 810 du groupe américain Monsanto et la pomme de terre Amflora de l'allemand BASF. Ces cultures couvrent un peu plus de 100.000 hectares. Mais quinze autres plantes génétiquement modifiées, pour la plupart des semences de maïs, attendent une autorisation de culture. Le ministre français de l'Environnement Jean-Louis Borloo a dénoncé "un troc inacceptable" et pris la tête de la fronde contre Bruxelles, soupçonné de céder aux pressions de l'industrie. Deux réunions ministérielles européennes --agricole fin septembre et environnementale jeudi-- ont montré l'isolement de la Commission, soutenue par une poignée seulement de gouvernements. "Personne ne veut de cette proposition", qui casserait le marché unique européen, a commenté la ministre espagnole Elena Espinosa. Or l'Espagne est l'un des rares pays de l'UE où est cultivé le MON 810. Berlin est aussi contre, pour la même raison. Les Etats doivent aussi compter avec une opinion publique majoritairement hostile aux OGM. "Nous voulons pouvoir maintenir l'intégrité de nos cultures traditionnelles et biologiques", a déclaré le ministre irlandais Ciaran Cuffe. Les gouvernements veulent pouvoir autoriser des OGM en toute connaissance de cause et veulent être certains que leur décision d'interdire leur culture sera inattaquable à l'OMC. En décembre 2008, ils ont arrêté à l'unanimité un cahier des charges. Ils ont réclamé une réforme des expertises de l'Agence européenne pour la sécurité des aliments (AESA) sur lesquelles la Commission se fonde. Ils ont également demandé une analyse des conséquences économiques et sociales des cultures d'OGM. Or, la proposition de Bruxelles ne répond pas à ces demandes, affirment en choeur la majorité des ministres de l'Environnement. Paris refuse de discuter le moindre élément de ce texte, a averti Chantal Jouanno. Le commissaire à la Santé John Dalli, en charge du dossier, refuse en retour de modifier sa proposition. Les Etats n'ont pas encore voté et donc le dernier mot n'est pas dit, soutiennent ses collaborateurs. M. Dalli n'entend pas non plus geler les autorisations. Une proposition pour le renouvellement de la licence du MON 810 est annoncée pour la fin de l'année. Il va devoir se justifier devant le Parlement européen. Or plusieurs groupes politiques ont dénoncé l'autorisation de culture donnée pour l'Amflora et accusent l'EASA d'être "noyautée" par l'industrie. La Commission est désormais le dos au mur. Car une pétition signée par plus d'un million de citoyens de l'UE demande la suspension des homologation d'OGM le temps de mettre en place un organisme indépendant pour l'évaluation des risques. "La Commission ne peut pas ignorer cette pétition", a averti la France. AFP 17 octobre 2010

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